Reconnaître
La Roussette d’Égypte est une chauve-souris frugivore de taille moyenne.
- Longueur du corps : 12,1 à 19,2 cm. Les mâles (14 à 19,2 cm) sont plus grands que les femelles (12,1 à 16,7 cm).
- Envergure : 60 cm en moyenne selon Animal Diversity Web, 48,5 à 64 cm selon Eurobats. Le zoo de Cleveland indique 16 à 20 pouces (environ 41 à 51 cm).
- Masse : 80 à 170 g.
- Avant-bras : 85 à 101,9 mm chez les mâles, 88,1 à 99 mm chez les femelles.
Pelage : brun foncé à gris moyen sur le dos, plus clair dessous. Il y a souvent un collier jaune pâle ou orangé. Les mâles ont des poils plus raides sur la gorge.
Différence avec les chauves-souris insectivores : elle mange des fruits et non des insectes. Pour s’orienter, elle produit des clics avec la langue, alors que la plupart des chauves-souris qui écholocalisent émettent leurs cris avec le larynx (la gorge).
Classification
- Ordre : Chiroptères (chauves-souris)
- Famille : Ptéropodidés (roussettes et « renards volants »)
- Sous-famille : Épomophorinés, tribu des Rousettini (selon la Mammal Diversity Database)
- Nom scientifique : Rousettus aegyptiacus (É. Geoffroy Saint-Hilaire, 1810). Décrite d’abord sous le nom Pteropus egyptiacus.
Sous-espèces : les sources ne sont pas d’accord. Une révision de 1994 (Bergmans) en reconnaît quatre : aegyptiacus (Égypte, Chypre, sud de la Turquie), leachii (de l’Éthiopie au Cap), unicolor (du Sénégal à l’Angola) et arabicus (de la péninsule Arabique au Pakistan). La Mammal Diversity Database, elle, ne liste aucune sous-espèce comme valide.
Le spécimen de référence de l’espèce provient de Gizeh (Égypte) et est conservé au Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris.
Habitat
Gîtes : elle dort le jour dans des grottes et des ruines. Dans les grottes, elle reste souvent près de l’entrée.
Milieux d’alimentation : forêts tropicales humides et sèches, savanes, maquis méditerranéens (en Turquie), vergers. Elle préfère les zones avec du couvert forestier et des arbres fruitiers.
Altitude : du niveau de la mer jusqu’à 4 000 m.
Dans les déserts, elle vit surtout dans les oasis et les zones humides.
Répartition
- Afrique : du Sénégal et de l’Égypte jusqu’en Afrique du Sud, ainsi que les îles du golfe de Guinée (Sao Tomé-et-Principe). En Égypte, elle suit la vallée du Nil.
- Moyen-Orient : Levant (Israël, Liban, Syrie, Jordanie), péninsule Arabique, Iran.
- Asie : jusqu’au Pakistan et au nord-ouest de l’Inde.
- Europe : uniquement Chypre et la côte sud de la Turquie.
Une étude de 2011 a recensé 358 localités dans 14 pays de la zone paléarctique, entre 12° et 38° de latitude nord.
Et en France ? Les sources consultées ne la signalent pas à l’état sauvage en France. En Europe, Eurobats ne la cite qu’à Chypre et en Turquie.
Un cas particulier : Tenerife. Une population issue d’animaux échappés de captivité a été détectée en 2000 dans le nord de Tenerife (Canaries, Espagne). Après des campagnes de capture à partir de 2002, aucune roussette n’a été détectée en 2008 et 2009. Les autorités des Canaries l’ont déclarée éradiquée en 2014. L’espèce figure au catalogue espagnol des espèces exotiques envahissantes.
Alimentation
C’est une frugivore : elle mange surtout la pulpe et le jus des fruits bien mûrs.
- Fruits : figues, mûres, caroubes, sycomores, baobab, dattes, pêches… En Turquie : figue, datte, mûre, agrumes, grenade, raisin, abricot, pêche, cerise.
- Autres aliments : fleurs, nectar, pollen et feuilles. En Israël, elle mange surtout des feuilles en hiver, quand les fruits manquent.
- Quantité : elle peut avaler chaque nuit de 50 à 150 % de sa propre masse en fruits.
En se nourrissant, elle pollinise des arbres qui fleurissent la nuit et disperse des graines de nombreuses espèces d’arbres.
Orientation : la vue et des clics de langue
La Roussette d’Égypte voit bien et utilise aussi son odorat. Mais elle a un atout rare chez les roussettes : l’écholocation.
Comment ça marche ? Elle fait claquer sa langue. Le son rebondit sur les obstacles et revient à ses oreilles. L’écho lui indique où se trouvent les objets, même dans le noir complet d’une grotte.
- Les clics sont très courts : environ 50 à 100 microsecondes.
- Leur fréquence va d’environ 12 à 70 kHz.
- Elle émet les clics par paires, environ 20 millisecondes d’écart, l’un dirigé à gauche, l’autre à droite.
- En 2017, des chercheurs ont montré qu’elle peut orienter son « faisceau » sonore simplement en changeant l’endroit où la langue claque dans la bouche, sans bouger la tête.
Longtemps jugée « primitive », cette méthode est en fait efficace : dans le noir complet, ces roussettes réussissent à se poser sur une sphère de 10 cm aussi bien que des chauves-souris qui utilisent leur larynx.
Le genre Rousettus est le seul de la famille des Ptéropodidés connu pour écholocaliser avec la langue.
Mode de vie et comportement
- Vie en colonie : les colonies vont d’une vingtaine à environ 9 000 individus. Eurobats indique des colonies jusqu’à 3 000 chauves-souris dans sa zone (Chypre, Turquie). Les animaux se serrent les uns contre les autres, et les disputes sont fréquentes et bruyantes.
- Activité nocturne : elles quittent le gîte vers le coucher du soleil et rentrent avant le lever du jour.
- Déplacements : en Israël, des roussettes suivies par GPS sont allées se nourrir à des arbres situés jusqu’à 25 km de leur grotte. Elles volent haut (quelques centaines de mètres), vite et en ligne droite, et reviennent au même arbre nuit après nuit. Le zoo de Cleveland indique jusqu’à 20 à 25 miles (environ 32 à 40 km) par nuit.
- Une carte dans la tête : des roussettes relâchées à 44 km de leur grotte sont rentrées directement chez elles.
- Migrations : des déplacements locaux sont connus, surtout au nord de l’aire de répartition. Les migrations sur de longues distances ne sont pas démontrées.
- Communication : une étude a analysé près de 15 000 cris. Ils contiennent des informations sur l’individu qui crie et sur celui à qui le cri s’adresse.
Sources : 1, 13, 3, 12, 8, 9, 10
Reproduction et cycle de vie
- Saisons : elle se reproduit souvent deux fois par an. Animal Diversity Web cite deux saisons de reproduction (avril à août, et octobre à février). En Afrique du Sud, les naissances ont lieu d’octobre à décembre.
- Au nord de l’aire (Méditerranée, Égypte) : une étude de 2014 montre deux pics de naissances par an, avec un calendrier qui suit la fructification des plantes. Une étude turque de 2008 situe la reproduction fin août.
- Gestation : environ 4 mois (3,5 à 4 mois ; 115 à 120 jours selon le zoo de Cleveland).
- Un seul petit en général ; des jumeaux sont parfois observés.
- Croissance : sevrage entre 6 et 10 semaines, premier vol vers 63 à 70 jours, indépendance vers 9 mois.
- Maturité sexuelle : vers 15 mois en moyenne ; certaines femelles dès 5 mois.
- Longévité : 8 à 10 ans en général dans la nature. Records : 22 ans dans la nature, 25 ans en captivité.
Rôle dans l’écosystème
- Pollinisatrice : elle transporte le pollen de nombreux arbres qui fleurissent la nuit.
- Jardinière de la forêt : elle disperse les graines. En Israël, elle mange ses fruits à environ 30 m de l’arbre, ce qui éloigne les graines de l’ombre de l’arbre parent. Elle recrache les grosses graines et avale une petite partie des petites.
- Germination étalée : le passage par la roussette ne fait pas germer plus de graines, mais il modifie le moment de germination chez certaines plantes. Cela peut aider les plantes là où les pluies sont imprévisibles.
- Proie : on pense que des faucons et autres rapaces, des serpents et des mustélidés la chassent, mais ce n’est pas bien documenté.
Statut et protection
Liste rouge de l’UICN : Préoccupation mineure (LC), évaluation de 2016. Selon Eurobats, sa population est stable.
Menaces :
- Chasse pour la viande et destruction de gîtes, qui ont fait baisser le nombre de colonies dans certaines régions.
- Conflits avec les arboriculteurs : beaucoup la considèrent comme nuisible aux vergers, et elle est souvent visée par des empoisonnements.
Est-elle vraiment nuisible ? En Israël, une étude de son régime alimentaire a montré que seulement 4 espèces de fruits cultivés (environ 15 % des espèces de fruits consommées) font partie de son menu. Les auteurs demandent de réexaminer son statut de « grand ravageur ». Ils notent aussi que les anciennes campagnes de lutte ont fait reculer des chauves-souris insectivores.
Elle est couverte par l’accord Eurobats (Chypre, Turquie).
Santé publique : le virus de Marburg
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) indique que la Roussette d’Égypte est considérée comme l’hôte naturel du virus de Marburg. Les roussettes porteuses ne montrent pas de signe de maladie.
- Selon l’OMS, les premières contaminations humaines viennent d’une exposition prolongée à des mines ou grottes occupées par des colonies de roussettes. Ensuite, le virus peut se transmettre d’une personne à l’autre.
- La maladie est rare mais grave : selon l’OMS, la létalité a varié de 24 % à 88 % lors des épidémies passées.
- Le CDC précise que le virus se rencontre surtout en Afrique subsaharienne.
Les bons réflexes :
- Ne jamais toucher ni manipuler une chauve-souris, vivante ou morte (le CDC recommande d’éviter tout contact avec ces roussettes dans les zones concernées).
- Ne pas entrer dans les grottes ou mines abritant des colonies. Les personnes qui doivent y travailler portent gants, masque et vêtements de protection (OMS).
- Des cas de rage ont aussi été signalés chez cette espèce : raison de plus pour ne pas la toucher.
Il n’y a pas lieu d’avoir peur de cette chauve-souris : le risque concerne surtout le contact direct et les grottes à colonies, dans les régions où le virus circule.
Observer avec respect
- Elle n’est pas présente à l’état sauvage en France d’après les sources consultées. Dans la nature, on la rencontre dans son aire de répartition (Chypre, sud de la Turquie, Afrique, Moyen-Orient).
- Observer de loin, à la tombée de la nuit, quand les roussettes quittent leur gîte ou visitent les arbres fruitiers.
- Ne pas entrer dans les grottes occupées : le dérangement nuit aux colonies, et l’OMS recommande d’éviter l’exposition à ces lieux.
- Ne jamais toucher une roussette, même blessée : prévenir un centre de soins ou les autorités locales.
Le saviez-vous ?
- C’est l’une des rares roussettes capables d’écholocation, et elle le fait en claquant la langue.
- Ses clics sonores durent à peine 50 à 100 millionièmes de seconde.
- Suivies par GPS, des roussettes ont retrouvé le même arbre fruitier nuit après nuit, à des dizaines de kilomètres de leur grotte.
- En une nuit, elle peut manger plus que son propre poids en fruits (jusqu’à 150 % de sa masse).
- Ses cris ne sont pas de simples bruits : ils indiquent qui parle et à qui il s’adresse.


